Début du combat : 07/06/2016

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Depuis 1894, Gardanne (Bouches-du-Rhône) accueille l’une des premières usines de production d’alumine au monde. Ce composé chimique est extrait de la bauxite (une roche sédimentaire) et est utilisé pour produire de l’aluminium. Le procédé permettant d’isoler l’alumine de la bauxite génère deux types de déchets : des eaux résiduaires de traitement et des résidus de Bauxite. Ces déchets, appelés « Boues Rouges », sont chargés en substances polluantes (aluminium, fer, arsenic…), nocives pour la santé humaine et l’environnement. Les « boues rouges » produites à Gardanne, au sein de l’usine de production d’alumines ALTEO, sont acheminées et rejetées en mer, au large de Cassis, dans le canyon de la Cassidaigne à une profondeur de 320 mètres.

La Convention de Barcelone pour la protection de la Méditerranée (1976) et la création du Parc National des Calanques (2012) ont contraint ALTEO à stopper ses rejets solides au 31 décembre 2015. Cette date correspondait également à la fin des autorisations d’occupation du domaine public maritime pour l’exploitant.

Pour continuer son exploitation, ALTEO a installé trois filtres-presses pour traiter et dessécher l’ensemble des résidus solides. Néanmoins, plusieurs questions persistent concernant le rejet liquide, sa nocivité pour l’Homme, son impact pour l’environnement et sa dilution dans le milieu. Si les quantités en substances polluantes sont fortement diminuées, elles restent cependant très largement au-dessus des seuils imposés par les réglementations, notamment pour six paramètres : pH, Arsenic, Aluminium, Fer, DBO, DCO. En décembre 2015, le préfet des Bouches-du-Rhône a non seulement accordé à ALTEO l’autorisation de continuer son exploitation en modifiant la nature du rejet en mer (passage d’un rejet boueux à un rejet uniquement liquide), mais aussi une dérogation aux dispositions de la Convention de Barcelone (concernant les 6 paramètres ci-dessus) pour 6 ans lui permettant de se mettre aux normes. Pour rappel, ces normes qui ont été définies il y a près de 20 ans… !!!

Le passage d’un rejet solide à un rejet liquide est un point positif puisqu’il réduit l’étouffement des fonds marins. Cependant, la composition réelle du rejet liquide est encore inconnue, et le fait que ce rejet soit liquide pose la question de la dilution et de la propagation des polluants dans le milieu. Un rapport de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail)  souligne le risque d’une introduction de ces matières (Aluminium, Fer, Arsenic…) dans la chaîne alimentaire. La santé humaine et l’activité pêche peuvent en être menacés.

Surfrider Foundation Europe ne demande pas la fermeture de l’usine d’alumine de Gardanne exploitée par ALTEO mais le respect de la réglementation européenne (Convention de Barcelone) et française (arrêté du 2 février 1998 relatif aux prélèvements et à la consommation d'eau ainsi qu'aux émissions de toute nature des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) soumises à autorisation) concernant la protection de la mer Méditerranée.


Le Gardien

Sarah du bureau Méditerranée de Surfrider Foundation Europe

Sarah

Sarah

1894 : Première mise en fonctionnement de l’usine d’alumine de Gardanne ;

1963/1964 : Le projet de rejet des boues rouges en mer prend forme. La mairie de la commune de Cassis, le célèbre biologiste Alain Bombard, l’océanographe Gérard Rivoire et bien d’autres se positionnent contre ;

1967 : Premiers rejets de boues rouges dans le canyon de la Cassidaigne ;

1995 : Mme Corinne Lepage, alors ministre de l’environnement, donne à l’exploitant jusqu’au 31 décembre 2015 pour cesser les rejets (mise en application de la convention pour la protection de la mer méditerranée contre les pollutions adoptée à Barcelone en 1976 et renforcée en 1995) ;

En mai 2014 : Plutôt que de réfléchir à une solution pour stopper les rejets, ALTEO demande l’autorisation de continuer à déverser en mer la partie liquide des boues rouges (la partie solide étant séparée à l’aide de filtres presses et valorisée en Bauxaline®). La société Aluminium Pechiney, propriétaire de la canalisation, demande une nouvelle concession de 30 ans à la préfecture ;

Le 8 septembre 2014 : Le conseil d’administration du parc des Calanques donne son feu vert à la condition qu’un comité indépendant de surveillance des rejets soit créé et qu’une étude de l’état de la canalisation soit menée ;

Le 19 septembre 2014 : La ministre de l’écologie Ségolène Royal commande trois tierce-expertises. Le BRGM, l’IFREMER et l’ANSES sont invités à s’exprimer sur le sujet. Le BRGM conclu que le traitement par filtre presse retenu par ALTEO est « la seule solution opérationnelle à fin 2015 qui ne remet pas en cause la continuité de l’activité industrielle ». Les conclusions de L’IFREMER et de l’ANSES soulignent le manque de connaissances actuelles pour trancher et recommandent une expertise approfondie. Les rapports sont consultables sur les pages suivantes:

rapport du BRGM

rapport de l'ANSES

rapport de l'IFREMER

Le 7 avril 2015 : Suite aux conclusions des expertises scientifiques, Mme Royal stoppe l’enquête publique sur les projets d’ALTEO et demande de nouvelles analyses à l’ANSES pour évaluer les risques sanitaires encourus par la population résidant à proximité du site de stockage de Mange-Garri. Les conclusions de l’ANSES ne tranchent pas clairement le problème mais soulignent le manque de transparence dans les documents fournis par ALTEO et certaines incohérences quant à la modélisation de la dispersion atmosphérique des poussières. Second rapport de l'ANSES ;

17 août au 25 septembre 2015 : Enquête publique relative à la modification des conditions d’exploitation de l’usine d’alumine de Gardanne et à la demande de renouvellement de la concession d’occupation du Domaine Public Maritime ;

4 décembre 2015 : Le Conseil départemental de l'environnement, des risques sanitaires et technologiques (CODERST) rend un avis favorable à la poursuite des rejets d'effluents liquides de l'usine ALTEO de Gardanne ;

22 décembre 2015 : Le Conseil Supérieur de la Prévention des Risques Technologiques (CSPRT) rend un avis favorable à la demande d’autorisation d’ALTEO (Avis du CSPRT) ;

28 décembre 2015 : Le préfet des Bouches-du-Rhône autorise la société ALTEO GARDANNE à apporter des modifications substantielles à l’exploitation de son usine de fabrication d’alumine visant à cesser le rejet en mer de résidus de fabrication tout en maintenant le rejet d’un effluent liquide résiduel. L’arrêté accorde un délai de 6 ans à ALTEO pour améliorer la qualité de ses rejets et se mettre en conformité vis-à-vis de la convention de Barcelone.

Dans la nuit du 8 au 9 mars 2016 : Rupture d’une canalisation terrestre sous pression et pollution sur 35 hectares autour de l’usine, dont 15 très touchés. L'accident a entraîné la fuite d'environ 15m³ de matière. Pour Ségolène Royal, "cette fuite confirme la vétusté d'une partie des installations de traitement" ;

31 mars 2016 : Création du CSIRM, le Comité de Surveillance et d'Information sur les Rejets en Mer (Arrêté de création du CSRIM) ;

21 juin 2016 : ALTEO est mis en demeure pour non-respect des valeurs limites réglementaires de ses rejets. L’exploitant dispose de deux mois pour se mettre aux normes et respecter les seuils spécifiés dans l’arrêté préfectoral du 28 décembre 2015 (arrêté de mise en demeure) ;

23 juin 2016 : Surfrider Foundation Europe intègre le CSIRM (Comité de Surveillance et d'Information sur les Rejets en Mer) en la qualité d'observateur.

05 janvier 2017: SFE publie un communiqué de presse pour informer de son recours en justice contre la dérogation accordée à Alteo et ainsi la pousser à mettre en place une solution alternative. Le Monde en parle !

Pour plus d'information sur l'historique des rejets de boues rouges de l'usine de Gardanne, nous vous invitons à consulter l'historique complet publié par MEDIAPART

Chronologie des faits

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